Bleu insatiable

Les orages d’été, les longues journées qui invariablement changent de rythme selon qu’on les traverse, les soirs au ciel rosé, virant à l’orange, au bleu sombre ; on ne sait plus où donner de la tête. Le matin apparaît avec les mêmes teintes, un peu plus douces, le rouge ayant disparu de la palette. D’autres apparaissent ensuite, avec des noms aussi improbables que la couleur associée paraît banale ; cuisse de nymphe, ou sa variante un peu plus soutenue, cuisse de nymphe émue. On pourrait presque tendre vers le grand rougissement virginal (great maiden’s blush)… si l’on osait.

« Les femmes […] demandèrent au Chevalier quelles étaient les couleurs les plus en vogue ; il leur répondit qu’on portait maintenant le soupir étouffé, la cuisse de nymphe émue, les désirs satisfaits, la passion dévorante, le lendemain de noces. On raisonna beaucoup sur toutes ces couleurs […]. » — Lettres iroquoises (1783)

On se laisse bien vite emporter par les couleurs et leurs odeurs, les subtiles nuances de chaque chose. Chaque lettre a une couleur, qui se voit modifiée quand on la change mentalement de forme. Un O passe de l’orange au rouge quand on lui ajouter un bâton, pour former le Q. Sans outrecuidance particulière et en toute bienséance. La couleur est lumière et la lumière donne le volume, le volume donne l’impression qu’une image « se lève », qu’elle fait acte de présence, pour reprendre l’expression de Daniel Arasse. L’extérieur n’est que couleur, qu’on perçoit différemment selon notre position dans l’espace, et pour tout avouer, notre disposition à les percevoir.

Le bleu rosé de l’été va bientôt se transformer en une couleur plus froide, mais le bleu a encore de beaux jours devant lui.

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