Bleu insatiable

Les orages d’été, les longues journées qui invariablement changent de rythme selon qu’on les traverse, les soirs au ciel rosé, virant à l’orange, au bleu sombre ; on ne sait plus où donner de la tête. Le matin apparaît avec les mêmes teintes, un peu plus douces, le rouge ayant disparu de la palette. D’autres apparaissent ensuite, avec des noms aussi improbables que la couleur associée paraît banale ; cuisse de nymphe, ou sa variante un peu plus soutenue, cuisse de nymphe émue. On pourrait presque tendre vers le grand rougissement virginal (great maiden’s blush)… si l’on osait.

« Les femmes […] demandèrent au Chevalier quelles étaient les couleurs les plus en vogue ; il leur répondit qu’on portait maintenant le soupir étouffé, la cuisse de nymphe émue, les désirs satisfaits, la passion dévorante, le lendemain de noces. On raisonna beaucoup sur toutes ces couleurs […]. » — Lettres iroquoises (1783)

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Bleu coton

Il y a des jours comme ça, des jours cotonneux, des jours sans soleil, des jours moelleux empêtrés dans la solitude et les horizons vagues. La fatigue s’empare de moi au point de dormir des heures entières dans le silence magistral d’une chambre aux volets fermés ; la lumière douce du soleil filtrée par les nuages se trouve encore freinée par les fentes percées dans le métal. Un peu d’air passant au travers. Le vol des avions. L’un deux revient de Shanghai, un autre de Chengdu. Un chien qui aboie. La douceur de mon oreiller. Du rez-de-chaussée s’envole la voix doucereuse d’Aaron Neville, je ne reconnais même plus les chansons, et je compte sur ce qui m’endort sans coup férir, les mots de mes livres, les histoires que je tente de me remémorer et qui m’emportent ailleurs. Je n’arrive pas à lire, bloqué sur un livre d’Olivier Weber sur Ella Maillart ; il est pourtant très bien écrit. Continuer la lecture de « Bleu coton »